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Commémoration du Juillet Noir

un bref retour sur des décennies de violence à l’égard du peuple tamoul

Du tamoul கறுப்பு யூலை (Karuppu Yulai), le Juillet Noir fait référence à la série de massacres et émeutes anti-tamouls qui ont eu lieu entre le 24 juillet 1983 et le 30 juillet 1983 au Sri Lanka. Il s’inscrit dans la lignée de pogroms anti-tamouls incluant celui de Gal Oya (1956), le pogrom de 1958 et de 1977. Le Juillet Noir marquait un tournant dans l’histoire de la guerre civile du pays, révélateur de plusieurs décennies de suprématie cingalaise, de discrimination systémique, allant jusqu’au génocide, à l’encontre du peuple tamoul par l’état sri lankais. Revenons ici sur quelques moments clés précédents cet énième pogrom anti-tamoul de 1983.

À l’image du Raj britannique, les colons dans l’ancien Ceylan ont décidé d’adopter la doctrine diviser pour régner, en favorisant les Tamouls éduqués dans les métiers de la fonction publique et du haut corps d’états. Certains politologues, historiens et géographes soutiennent que les tensions entre les deux ethnies- Tamoule et Cingalaise- existaient depuis la période précédant la colonisation britannique, mais ont particulièrement été accentuées durant cette période d’occupation. En 1948, suite à la décolonisation, on observe un renversement de situation : la majorité cingalaise reprenait le pouvoir.

En 1956, les premières tensions venaient s’accumuler lorsque la loi du Sinhala Only Act a été votée. Cette dernière instaurait la langue cingalaise comme l’unique langue officielle du pays, privant ainsi les communautés tamoules de la pratique de leur langue dans les espaces publics et privés. De plus, cette loi empêchait également la population tamoule qui ne maîtrisait pas le cingalais d’occuper des postes au sein des institutions gouvernementales. Quand bien même le maîtrisaient-ils, ils pouvaient se voir refuser l’accès aux postes de par leur appartenance ethnique. Cette loi engendrait déjà à l’époque, des émeutes et manifestations : il s’agissait du pogrom de Gal Oya. Le 26 juillet 1957, le pacte Bandaranaike-Chelvanayakam autorisait la pratique de la langue tamoule dans certaines institutions, pour être finalement abrogé en 1958. Suite à ce dernier, les Tamouls décidaient d’effectuer des sit-ins non violents, interrompus par des massacres à l’échelle nationale de la population par des extrémistes cingalais.

En 1971, un certain de nombre de lois rendait l’accès à l’université difficile pour la population tamoule qui devait obtenir de meilleurs résultats que les candidats cingalais sans compter qu’il se voyait également refuser l’accès de par leurs origines ethniques. Les lois discriminatoires et les tensions envers le peuple tamoul s’accumulaient jusqu’à l’incontestable événement de 1981 : l’incendie de la prestigieuse bibliothèque de Jaffna, causé par des extrémistes cingalais. Avant sa destruction, la bibliothèque de Jaffna constituait l’une des plus importantes bibliothèques de l’Asie contenant livres, manuscrits et archives historiques de l’héritage tamoul. Jusqu’en 1983, de nombreuses formes de violences – incluant meurtres, disparitions et cas de tortures- et processus de discrimination par le gouvernement suprématiste cingalais envers la population tamoule ont eu lieu.

En réponse au meurtre du membre de la LTTE, Charles Anthony, ainsi que l’enlèvement et le viol de jeunes écolières tamoules par les forces gouvernementales, les Tigres Tamouls ont tendu une embuscade à la patrouille militaire Four Four Bravo à Thiruneveli, près de la capitale de Jaffna, dans le nord du Sri Lanka, tuant un officier et quatorze soldats. Les tensions ont rapidement escaladé dans la capitale du pays, Colombo, et les pogroms anti-tamouls se sont répandus à travers tout le pays. Durant environ une semaine, la population tamoule est prise pour cible par des extrémistes cingalais : massacres, pillages et incendies marquent cette semaine sombre de fin juillet 1983. Environ 3000 Tamouls sont tués, plus de 8000 logements et 5000 commerces dilapidés, 200 000 Tamouls sont devenus des réfugiés politiques à l’étranger suite à ces événements.

Souvent considéré comme point de départ de la guerre civile, le Juillet Noir constitue également aujourd’hui, un mois de commémoration pour la diaspora tamoule à travers le monde. À ce jour, tous les rapports non gouvernementaux portant sur ce pogrom anti-tamoul ont conclu que les violences ont été instiguées par le gouvernement suprématiste cingalais. Le Juillet Noir de 1983 s’ancre en réalité dans un cadre plus large de violences à l’encontre de la population tamoule, un génocide instigué par l’état sri lankais.

 

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